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14 septembre 2005 3 14 /09 /septembre /2005 23:00
Introduction à un entretien avec Isabelle Stengers, « Une politique de l’hérésie », par Stany Grelet, Philippe Mangeot et Mathieu Potte-Bonneville (avril 2002)

Isabelle Stengers aime rappeler à ses interlocuteurs français qu’elle est belge : « J’essaie, dit-elle, de faire bafouiller le rapport un peu trop direct que les Français entretiennent avec l’universel. » La remarque, accompagnée d’un rire, est la variation d’un motif qui parcourt tout son travail : Isabelle Stengers demande avant tout qu’on baisse un peu de ton. Depuis la publication, en 1979, de La Nouvelle alliance, co-écrit avec le prix Nobel de chimie Ilya Prigogine, elle n’a cessé de combattre toutes les formes de disqualification péremptoire — des sciences entre elles, de savoirs canoniques vis-à-vis des savoirs dominés, des experts vis-à-vis des citoyens, etc. Aussi a-t-elle lutté sur deux fronts : en rappelant aux savoirs dominants les conditions matérielles et historiques de production des vérités qui sont les leurs ; en donnant de l’écho aux savoirs dominés, qu’ils soient issus de cultures traditionnelles — les sorciers —, qu’ils aient été écartés au profit d’autres pratiques — l’hypnose —, ou qu’ils fassent l’objet d’une élaboration collective — les usages de drogues.

L’effet de liste donne une idée à la fois de l’intérêt et de la perplexité que suscitent chez nous les textes d’Isabelle Stengers. Intérêt pour une éthique politique qui refuse toute espèce d’arrogance ; pour une attention aux savoirs minorisés et aux mécanismes d’empowerment par lesquels ils s’insurgent ; pour un engagement politique à la fois constant et mobile, auprès des junkiebonden néerlandais, du Collectif sans ticket de Bruxelles ou des militants anti-OGM. Mais perplexité face au sentiment que tous les objets en viennent à s’équivaloir, pourvu qu’ils sentent le soufre : le pragmatisme à la hollandaise et le culturalisme de Tobie Nathan, le néo-paganisme américain et l’écologie politique, la contestation de l’expertise médicale par des groupes de malades du sida en Europe et la contestation des thérapies occidentales par des religieux en Afrique. Bref, peut-on généraliser une politique de l’hérésie ?

Mais c’est la gratitude, pas l’aigreur, qui a donné à l’entretien qui suit, à l’occasion, l’allure du débat, voire du désaccord. Nous devions à notre interlocutrice de ne pas la traiter comme une autorité — pas par méfiance pour le savoir qu’elle propose, ni même par fidélité à celui dont nous venons (après tout, le risque de la généralisation pèse aussi sur la « politique des minorités » dont Vacarme cherche le fil), mais pour être à la hauteur de celui qu’elle appelle. La pensée d’Isabelle Stengers est rare en ce qu’elle accueille la divergence et s’expose à l’usage, non pas après coup, d’une manière mondaine, mais par son objet même, d’une manière plus risquée et plus belle. La politique comme politesse, en somme, plutôt que le contraire.

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27 août 2005 6 27 /08 /août /2005 23:00
Je lis avec beaucoup d’intérêt « Théorie du corps amoureux — Pour une érotique solaire » de Michel Onfray, auteur du « Traité d’athéologie : physique de la métaphysique ».

Des extraits :
Premier lieu commun généré par l’histoire platonicienne d’Aristophane : le désir est manque. Première idée à détruire quand on se propose le renversement du platonisme sur la question des relations sexuées — car le désir est excès […]

La généalogie idéaliste du désir suppose la définition de l’amour comme recherche de la complétude originaire. Absence à conjurer, vide à combler, métaphysique du trou à boucher, dirait Sartre dans le langage délicat de son ontologie phénoménologique. […]

Depuis Aristophane jusqu’à Lacan — qui a redoré le blason de l’androgyne platonicien dans ses séminaires, on s’en souvient —, le désir passe pour l’énergie de la reconquête de l’unité primitive, la force motrice des restaurations de l’entité première. Il vaut électricité impulsant la lumière amoureuse. Les hommes trompent leurs femmes ? Les épouses désirent d’autres partenaires que leurs maris ? Le monde vit d’énergies sexuelles croisées ? Le réel se structure de puissances génésiques monstrueuses ? Aristophane donne la solution de l’énigme : chacun cherche sa chacune — ou son chacun —, subit la nécessité libidinale aveugle, essaie, ne trouve pas, cherche encore, échoue toujours et subit perpétuellement la réitération d’un désir vécu sur le mode de la souffrance, de la douleur, de la punition pour une hypothétique faute, pourtant jamais commise. Dès lors, culpabilité, maladie et désir se jouent de conserve et se pensent conjoints — et ce depuis plus de vingt siècles.
L’ambivalence du désir est omniprésente dans mon cheminement ; j’y fais référence explicitement dans « Pleine lune » et « La robe bleue ».

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