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12 septembre 2009 6 12 /09 /septembre /2009 08:03
Miz Sophisticated Lady est bien mieux que tout ce que j’avais imaginé. Elle a une sexualité délirante qui contraste merveilleusement avec son allure guindée. Faut la baiser vicieusement. Elle se met volontiers à quatre pattes et, là, je la prends calmement. À mon rythme. Elle n’arrête pas d’exiger des trucs cochons et dans la bouche de Miz Sophisticated Lady, c’est joliment pervers. J’y vais comme au ralenti. C’est un ticket pour l’éternité. Je la prends par derrière et elle hurle. Des cris aigus, un peu excentriques. Une baise à la fois nerveuse et sûre. Le truc qu’elle semble privilégier n’est pas particulièrement difficile. Faut la pénétrer violemment, presque au sang, pour ensuite se retirer tout doucement. Élémentaire, oui. Mais pour une fille bien de Sir George William’s, c’est tout de même étonnant. Comme quoi à la regarder si bien mise, on n’imaginerait pas le petit animal vorace et insatiable niché au cœur de son vagin. Je sens mes jambes trembloter, ma nuque devenir raide. Le cri lové quelque part dans mon duodénum. Le cœur de mon sexe jubile comme un poisson hors de l’eau. Le Coran dit : « Dis-tu la vérité ou plaisantes-tu ? » (Sourate XXI, 56). Je l’entraîne jusqu’au lit sans vraiment arrêter de baiser, la tenant pour ainsi dire au bout de ma pine nègre. La fenêtre encore ouverte sur la Croix du mont Royal. Miz Sophisticated Lady est couchée sur le dos. Offerte. Toute molle et humide. Dieu ! cette fille judéo-chrétienne, c’est mon Afrique à moi. Une fille née pour le pouvoir.
(Dany Laferrière. Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, Groupe Privat/Le Rocher 2007, p. 80-81)

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30 septembre 2008 2 30 /09 /septembre /2008 10:34
Les semaines qui précèdent ont été pour moi l’occasion d’une importante découverte.

C’est arrivé par hasard : une amie me demande d’acheter pour elle Osez... la sodomie de Coralie Trinh Thi. Elle m’explique : « Tu comprends, je n’ai pas envie que mon homme ouvre le paquet ! ». Oui, ça lui donnerait des idées, d’autant plus que ce petit ouvrage est excellent… Mais ce n’est pas le sujet de cet article.

Lors de la commande, Ah-ma-zone-érogène me propose, comme souvent, un deuxième livre pour « compléter l’achat » : Comment faire l'amour toute la nuit : L'orgasme multiple au masculin. Ce titre me fait rire, mais il y a trop longtemps que j’entends parler d’orgasme multiple chez l’homme, et il coûte moins de 7 euros… Alors, pourquoi pas ?

Le livre m’a accompagné lors d’un séjour dans un endroit austère. Seule occasion, chaque soir, de converser avec ma sensualité.

La méthode proposée par Barbara Keesling est basée sur un principe élémentaire : pour avoir plusieurs orgasmes à brève échéance, il suffit de ne pas éjaculer. Et, pour cela, d’apprendre à contracter son muscle pubo-coccygien au moment de la jouissance. L’ouvrage est entièrement consacrée à une série d’exercices très progressifs qui permettent d’y parvenir. Chaque exercice est justifié par des considérations physiologiques tirées de découvertes récentes en sexologie.

Il est recommandé de pratiquer les exercices dans l’ordre — se donner pour cela quelques mois — et surtout de ne pas brûler les étapes. C’est ce que j’ai fait, évidemment : j’ai tout lu attentivement, sans rien pratiquer mais en intégrant bien les explications, puis je me suis lancé dans le dernier exercice qui consiste, comme annoncé, à jouir sans éjaculer, d’abord seul puis avec un-e partenaire.

Succès immédiat. En réalité, le discours sur le contrôle du périnée m’était familier car les femmes de mon entourage en parlent beaucoup. De plus, cette découverte faisait partie intégrante du long cheminement que m’a fait « subir » Iliane-Patricia dans la première époque de notre relation, et dont j’avais découvert le potentiel surprenant le jour de ma première rencontre avec Marie. Sauf qu’il s’agit maintenant de prolonger ce contrôle dans le déclenchement d’un orgasme.

Ce n’est donc pas le fait d’y être parvenu qui m’a supris, mais plutôt celui d’y trouver du plaisir. Et quel plaisir ! Je me suis rendu compte que j’avais déjà vécu, accidentellement, des orgasmes sans éjaculation, mais que cette expérience avait éveillé en moi une peur ancestrale, celle de l’impuissance : et si mon sexe se détruisait à cause de cet empêchement ? Plus que cela, en répétant l’expérience j’en suis venu à supposer que le besoin, pour un homme, de sentir son sperme couler dans un réceptacle féminin serait lié au désir inconscient de féconder la femme pour se l’attacher. Réflexe inconscient puisqu’il intervient même si la partenaire n’est pas fécondable.

Ma geisha a été la première à exprimer sa curiosité de cette nouvelle pratique. Elle a bien senti que ma jouissance était plus intense, plus profonde, plus taoiste lorsque je gardais mon sperme. Elle a tenu à en vérifier la réalité : cette expérience est maintenant certifiée fellation !

Les mois qui ont suivi, la pratique de l’orgasme sans éjaculation s’est installée « par défaut » dans ma palette de plaisirs sexuels. Je n’ai plus rien à contrôler, le muscle pubo-coccygien se contracte au moment approprié, pourvu que je sois entièrement détendu. J’en viens à croire que ce réflexe a pu exister dans des (rares) sociétés humaines où la maîtrise de la fécondité était associée à une intense activité sexuelle : dans ce cas, les hommes ne féconderaient leurs compagnes que par un geste volontaire.

Une autre découverte surprenante a été qu’après un orgasme sans éjaculation, le plaisir de l’homme ne tombe pas brusquement, au point de lui donner envie de quitter sa partenaire, aller regarder la TV ou rentrer chez lui ! L’érection peut s’effacer lentement mais elle ne tarde pas à revenir. Par contre, l’hypersensibilité des muqueuses peut donner envie d’un peu de repos. Donc, ne pas s’attendre à trouver l’équivalent de ces orgasmes féminins multiples qui « rebondissent » en deux minutes…

Quant à « faire l’amour toute la nuit », cela n’a pas beaucoup changé mes habitudes. Vrai, je peux plus facilement vivre deux ou trois orgasmes à la même rencontre, mais je n’ai pas pour autant envie de les multiplier, surtout quand la « voie de l’extase » se présente à mes yeux comme un chemin de lumière.… Le magnifique enseignement de ce livre, pour moi, est donc plutôt l’interpénétration entre mes « deux visions de la sexualité » : on peut passer d’une branche à l’autre, de l’extase vers l’orgasme (je le savais) mais aussi de l’orgasme vers l’extase. Je comprends, maintenant, pourquoi un rituel tantrique décrit par d’anciens textes débute par l’orgasme masculin…

Merci pour cet enseignement, Barbara Keesling !

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24 mai 2008 6 24 /05 /mai /2008 15:37

Le sexe est le jouet sophistiqué et parfait que les adultes ont à portée de main pour s’amuser gratuitement, et confondre le sexe avec le péché me semble aussi contre nature que ridicule. C’est vraiment gâcher sa vie. La déshonorer. Piétiner ce qu’il y a de plus sacré. Parce que la grande bénédiction de l’être humain, c’est son sexe et le plaisir qu’il tire à son maniement. Et le perdre, l’annuler, l’anesthésier, le censurer ou, plus grave, l’oublier comme un parapluie dans un taxi est affligeant ou lamentable.

Lola Beccaria. Toute nue. Stock, 2006.

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10 mai 2008 6 10 /05 /mai /2008 13:39
J’étais en train de lire La Voie Humide de Coralie Trinh Thi …
En vérité, la seule permanence est l’impermanence, c’est pour cela que les histoires d’amour mythiques s’achèvent sur la mort des amants. On nous apprend que l’amour véritable est éternel, et on crève tous de ce désir d’éternité, d’absolu. Mais l’éternité, ce n’est pas lorsque le temps se fige, qu’on s’agrippe à l’instant comme une moule à un rocher, rétracté sur une bribe de réalité, fossilisé ! C’est le contraire. Dans l’instant, libéré du temps, quand on s’absorbe complètement dans le présent, en dehors du champ de l’intellect, qui confond le présent avec le passé immédiat ou le futur immédiat. L’éternité est une pure sensation, un lâcher prise. Mais elle laisse dans l’âme une trace indélébile.
… quand Iliane-Patricia m’a appelé. Un problème avec son imprimante, puis nous avons parlé de la vie, de nos amours de passage et de cette chose qui parfois nous retient de vivre : l’éternelle attente d’un retour au sublime gravé dans nos mémoires. Nous avons convenu de ne rien faire pour nous revoir, car nous sommes déjà si proches.

Dans la nuit j’ai achevé la lecture de cette œuvre magistrale et dérangeante en alternance (oui !) avec celle de Madame Bovary. Singulièrement les récits entrent parfois en résonnance, par delà les incompatibilités entre personnages et époques, pour peu que le lecteur ait pris soin de se dépouiller de tout jugement « social » — moral, esthétique etc.

Flaubert :
N’importe ! elle n’était pas heureuse, ne l’avait jamais été. D’où venait donc cette insuffisance de la vie, cette pourriture instantanée des choses où elle s’appuyait ?… Mais, s’il y avait quelque part un être fort et beau, une nature valeureuse, pleine à la fois d’exaltation et de raffinements, un cœur de poète sous une forme d’ange, lyre aux cordes d’airain, sonnant vers le ciel des épithalames élégiaques, pourquoi, par hasard, ne le trouverait-elle pas ? Oh ! quelle impossibilité ! Rien, d’ailleurs, ne valait la peine d’une recherche : tout mentait ! Chaque sourire cachait un bâillement d’ennui, chaque joie une malédiction, tout plaisir son dégoût, et les meilleurs baisers ne vous laissaient sur la lèvre qu’une irréalisable envie d’une volupté plus haute.
Elle n’a pas eu le temps de trouver. Mais Coralie :
Une nuit il est entré en moi, doucement, tout doucement, en me disant de ne pas bouger, de ne pas gémir, la main plaquée sur ma bouche, chuuut, et dès que j’esquissais un geste il me grondait et menaçait de se retirer.

Dans tous les mythes, l’objet de la quête se cache au point de départ. Mais les initiés savent que c’est le chemin parcouru qui fait la valeur de la quête, et apparaître son objet.

Tout au fond de mon ventre il y a ce qui me relie aux autres. L’universel est bien dans l’infiniment intime. Mon égocentrisme était vraiment généreux.

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16 octobre 2006 1 16 /10 /octobre /2006 10:05
Je ne sais pas si vous avez vu les reportages sur l’orgasme diffusés par Arte le 16 octobre : Sophie Jeaneau interrogeant des femmes, puis Yvonne Debeaumarché avec un groupe d’hommes. Ils étaient bien faits — les films, les hommes et les femmes — et le débat qui a suivi était intéressant.

Pourtant j’ai regretté que les cinq hommes qui témoignaient de leur expérience soient tous dans le même schéma. Il m’a semblé que pour eux le côté extatique n'était pas dissocié d’un mécanisme physiologique exalté par l’imaginaire : jouir veut dire lâcher son sperme, et c’est seulement ce qui se passe « avant » et « après » qui fait la différence. Mais c’est peut-être le montage qui a retenu cette vision stéréotypée.

Certes on n’en est plus à la performance sportive qui voudrait que les partenaires hurlent de jouissance au même moment, on ne s’égare pas non plus dans une cérébralisation prétendument mystique, mais je n’ai pas retrouvé dans ce qui a été montré des témoignages, ni les commentaires, toute la palette du plaisir entre adultes consentants…

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28 avril 2006 5 28 /04 /avril /2006 23:28
Disposant en permanence dans notre cerveau d’une fantastique, d’une extraordinaire pharmacie naturelle qui distribue sans compter une quantité illimitée de drogues psychoactives, nous persistons à enrichir les dealers, nos jeunes continuent à se droguer et les prisons à se remplir. L’Homo est décidément tout, sauf sapiens (sage).

Les récents progrès de la science démontrent que nos neurones sont capables de produire et d’utiliser des drogues comme la morphine (endorphines), de la marijuana ou du haschich (anandamide), de la nicotine (acétyicholine), de la cocaïne et des amphétamines (dopamine), des tranquillisants et hypnotiques (endobenzodiazépines). Toutes ces endosubstances sont les stricts équivalents des fameux paradis artificiels. Toutes permettent d’activer le parc de loisirs de notre cerveau. Nous pouvons donc sans danger et dans la plus stricte légalité nous envoyer en l’air en stimulant notre « voie dopaminergique mésolimbique » (pardon pour le barbarisme)… et pourtant, nous absorbons des tas de saloperies sans nom, des poudres d’illusion.

Les moyens de fabriquer ces substances ? Rien de plus simple : un peu de sport par exemple ; quand un coureur de fond commence à fatiguer, a des crampes, se sent prêt à abandonner… S’il insiste un peu voilà « le deuxième souffle ». Il n’est que de se promener dans un vestiaire de marathoniens en fin de course : l’euphorie est de mise… tout le monde semble avoir gagné. Merci les endorphines ! Vous n’aimez pas le sport ? Essayez l‘amour : l’orgasme déclenche une cascade de plaisir chimique. Voyage garanti jusqu’au septième ciel… et sans retard dans les aéroports.

Quoi ! Vous n’aimez pas l’amour ?

[…]
Alors… ?
Alors, me direz-vous, qu’est-ce qui nous empêche de nous autoshooter, pourquoi tant de gens se cament-ils, picolent, fument sans vergogne ? Pourquoi les réseaux de dealers, la SEITA et les ivrognes prospèrent-ils à l’envi ?

Il existe de nombreuses explications. Aucune n’est pleinement satisfaisante, mais la seule au fond, c’est la paresse. L’incommensurable fainéantise de tous les organismes vivants. Les animaux sont d’ailleurs pires que nous dans le domaine : donnez trop régulièrement des graines aux oiseaux qui viennent sous vos fenêtres, et ils perdront l’habitude de chercher leur nourriture… Il suffira ensuite que vous vous absentiez quelques jours en hiver pour que ce soit l’hécatombe. Le pli est vite pris, chez eux comme chez nous.

Du point de vue des synapses en effet, pourquoi se donner tant de mal à courir le marathon, à draguer, à se torturer les méninges alors que quelques milligrammes de poudre ou de fumée donnent sans effort un résultat immédiat ? Aldous Huxley dans Le Meilleur des mondes décrit un univers totalitaire où une drogue prétendue sans inconvénient, le soma, procurait à une population asservie tout le bonheur dont elle avait besoin.

La loi du moindre effort est un comportement universel, évident, logique, qui pousse à accomplir un minimum pour obtenir un maximum. Et en plus, ça s’apprend très facilement.

Griller une cigarette, boire un coup de trop, fumer un joint devant les enfants leur donne vite des idées.

« Grave » comme ils disent !

[…]

Patrick Lemoine, Edito PH Mag, 2003.
In L’enfer de la médecine est pavé de bonnes intentions. Paris : Laffont, 2005.

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9 avril 2006 7 09 /04 /avril /2006 10:10
Soirée solitaire hier. Au moment de dormir j’ai continué la lecture de « Bienheureuse infidélité », de Paule Salomon, dont je m’étais lassé plusieurs fois. Il faudra bien que j’arrive au bout car on a demandé à me l’emprunter. Les témoignages du chapitre Amour et liberté ont d’abord retenu mon attention, puis le sommeil m’a gagné au moment où je lisais son essai sur Le couple libre. J’ai l’impression que l’auteur zappe sans avertir du vécu réel de ses « clients » à un idéal qu’elle aurait aimé vivre, dérobant son intimité au lecteur pour ne livrer que la forme. Échoué au bas d’une page, j’ai fermé le livre, la lumière et les yeux presque en même temps.

Ce matin, par curiosité, j’ai eu envie de reprendre le texte au point où je l’avais laissé. Les mots ont changé de sens ! Le passage qui m’avait endormi devient lumineux :
L’amour romantique exclusif reste en nous l’idéal de l’amour parce qu’il correspond au sentiment d’unité à la fois originel et ultime, mais dans le mouvement de la vie ce point ne peut pas être constamment atteint. Il est au-delà de l’espace et du temps, dématérialisé par essence même. Nous avons besoin de deux adaptations dans notre manière de penser. D’une part, cesser de confondre nos besoins d’absolu et d’immobile avec une réalité relative et en mouvement, d’autre part cesser de chercher à l’extérieur ce que nous avons à mettre à l’intérieur. L’amour ne s’accommode ni de murs, ni de prisons, ni d’arrêt sur image. Il est nomade, toujours en création et ne peut pas prendre support sur un mariage, une maison, un travail ou quoi que ce soit qui fonctionne en terme de possession. En même temps, il aspire à la totalité, à l’éternité et à l’unité. Et s’il adopte des formes qui semblent répondre à cette aspiration, il dépérit.
Dommage, la suite et la fin de l’ouvrage ne sont pas du même niveau… Mais il pose avec acuité de nombreuses questions incontournables.

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14 février 2006 2 14 /02 /février /2006 10:02
Tandis que les forces ou les années le permettent, affrontez les fatigues : bientôt, de son pas silencieux, viendra la vieillesse qui vous courbera. Fendez la mer de vos rames, ou la terre de votre charrue, ou bien chargez vos mains belliqueuses d’armes meutrières, ou bien consacrez aux femmes votre vigueur virile et vos soins. Ce dernier parti est aussi un service militaire ; ce dernier parti rapporte aussi des richesses.

Ovide, l’Art d’aimer

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27 janvier 2006 5 27 /01 /janvier /2006 18:08
Du droit de t’insurger tu useras
quoi qu’il advienne
Du droit de discerner
Dévoiler
Lacérer
Chaque visage de l’abjection
tu t’acquitteras
à visage découvert
De la graine de lumière
dispensée à ton espèce
chue dans tes entrailles
tu te feras gardien et vestale
Ces conditions préalables
tu mériteras ton vrai nom
Homme de parole
ou poète si l’on veut

Abdelatif Laâki

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26 janvier 2006 4 26 /01 /janvier /2006 14:57
Je viens d’achever un des premiers ouvrages de Kundera, juste à temps pour le prêter à Catherine ce soir. (La presse satirique du mercredi peut attendre un jour.) En prélude aux embrasements nocturnes, je lui lirai peut-être ce passage de la postface qui me paraît éclairer remarquablement notre insouciante relation :
C’est le propre de l’amant romantique, […], que de ne pas se satisfaire de la beauté mais aussi de la fragilité des corps, image de la fragilité et de l’incertitude du monde, pour chercher au contraire, dans l’amour, une augmentation de son être, une preuve de sa puissance ou de sa « densité vitale », c’est-à-dire un moyen d’échapper au non-sérieux de sa propre finitude.

Son aveuglement, en somme, lui vient de ce qu’il ne connaît pas l’insignifiance de l’amour. Il ne voit pas que la mort du Commandeur n’est qu’une figure de l’exhaustion du monde et que l’amour, dès lors, a perdu tout pouvoir de transgression, toute possibilité de plénitude, pour n’être plus qu’une instance de l’universelle méprise, qu’un inlassable marché de dupes.

Cette chute de l’amour dans le territoire du non-sérieux, voilà précisément ce que sait l’amant expérimenté, le Collectionneur. De là proviennent d’ailleurs sa force et l’efficacité de ses manœuvres. « Initié », comme Havel, ce spécialiste de l’amour est sans illusion sur l’amour. Rien d’autre ne l’aiguillonne que la renaissance perpétuelle de son désir, toujours nouveau, toujours changeant. Seuls l’animent son amour de la beauté et le plaisir qu’il prend aux mille surprises du jeu érotique, résumé à ses yeux de l’imprévisibilité et de la légèreté de l’existence. Mais, loin que cette conscience « lucide et désabusée » diminue son ardeur et nuise à son plaisir, elle les augmente au contraire et en rehausse infiniment le prix.

Il n’est pas de meilleur amant, en effet, que l’amant qui ne se prend pas au sérieux.

François Ricard, postface. In Risibles amours, Milan Kundera, Gallimard 1994.

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