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5 février 2011 6 05 /02 /février /2011 15:49
http://comps.fotosearch.com/comp/CSP/CSP096/solicitation-flowers_~k0967643.jpgCitations d’une collègue juriste, avec une pensée attendrie pour tous les moralisateurs frustrés qui lisent mon blog…
Ma tante avait quelque chose d’extraordinaire, quelque chose d’un tribun politique ; elle aurait dû se présenter aux élections ou, mieux, carrément les boycotter et créer un parti de lutte armée contre les hommes, contre les mâles qui maltraitent et violent les femmes.

Mon père qui vivait dans une sorte de crise permanent avec ma tante me disait que ce qui le gênait chez elle, c’était que, à son avis, elle projetait sur toutes les autres femmes son dégoût personnel envers les hommes en tant qu’objets sexuels. Il comparait cela à sa propre aversion pour les raisins secs. Il disait que, en dépit de tous ses efforts, il n’arrivait pas à comprendre comment une véritable industrie fabriquant ces produits, des circuits de vente qui les distribuaient et des gens capables d’attendre derrière une caisse de supermarché pour les obtenir pouvaient exister. Il croyait ma tante victime des pièges que le goût tend à la raison.

Ses soupçons concernant les idéaux politiques de ma tante allaient plus loin encore. Il me dit un jour que, lorsqu’ils étaient jeunes et qu’il faisait venir des copines à la maison, elle passait parfois des nuits d’insomnie horribles et que, le lendemain, elle l’injuriait en lui reprochant de souiller ces pauvres filles. Mais, un autre jour, il m’avoua que dans le fond les théories de ma tante lui avaient été très utiles dans sa jeunesse pour séduire les femmes, à commencer, je le crains, par ma pauvre mère.

« En m’inspirant des discours de ta tante, j’avais mis au point une théorie qui est devenue par la suite assez connue. Je commençais par convaincre les filles que les hommes étaient des salauds, des abuseurs de femmes, des sortes de criminel-nés. J’avais même pris la peine de lire toute cette affreuse littérature féministe américaine, la plus extrêmiste, je veux dire ; je prenais des notes, j’apprenais par cœur des passages entiers. J’étais considéré comme “différent”, comme un type “bien”, quelqu’un sur qui on peut compter, un bourgeois devenu prolétaire, un Engels du sexe, ou quelque chose comme ça. Mais, pour moi, tout cela n’était qu’un jeu à l’époque, tandis qu’aujourd’hui certains en font une véritable profession, et, pire, ne se rendent même pas compte de ce qu’ils cherchent et de ce qu’ils obtiennent grâce à tout ce galimatias. Ce sont eux les bons, les autres sont des mauvais. Et ils y croient. Que d’heures ils passent à pourfendre le Mal, à faire de grands scandales dans les journaux, à dénoncer frénétiquement les vilains, à étayer des théories et des théorèmes où l’on montre presque mathématiquement comment les femmes se font malmener au lit et surtout avant d’y aller, chaque fois du moins que, eux, les preux chevaliers, ne sont pas là pour s’interposer avec leur bouclier entre le prédateur et sa victime.

Iacub.png« Mais, tu sais, Louise, ce qui finalement est le plus révoltant dans leur attitude, c’est que ces sortes de révolutionnaires de boudoir, qui cherchent à mener de gigantesques croisades pour sauver la vertu des femmes, eux-mêmes les considèrent comme des proies, comme des choses stupides et sans défense, qui ont nécessairement besoin d’eux. Car une pauvre femme, perdue dans la forêt du monde, comment ferait-elle, n’est-ce pas, pour se débrouiller sans eux ? C’est de leur mépris des femmes que naît cette volonté farouche de protection. C’est pour cela à mon sens qu’ils interprètent systématiquement de cette façon le comportement des autres hommes. Ils savent bien de quoi ils parlent. Voilà la nouvelle mouture de l’art d’aimer d’aujourd’hui, et dans le fond, il n’y a là rien de nouveau. »

[…]

« […] On oublie que, si les femmes ratent très souvent l’opportunité de faire carrière, d’être autonomes, etc., ce n’est pas à cause du sexe, mais parce qu’elles tombent amoureuses d’un homme qui les comble et avec qui elles veulent faire des enfants. Voilà le tombeau politique, moral et social des femmes. Voilà la véritable origine de leur aliénation. Il faut en finir avec l’amour. Il faut pourchasser jusque dans ses moindres replis toute cette propagande infernale en faveur du crime et du malheur. »

Marcela Iacub. Qu’avez-vous fait de la libération sexuelle ? Flammarion, 2002, p.31-33, 57-58.

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