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18 juillet 2010 7 18 /07 /juillet /2010 20:42
C’est une version moderne du quatrième remède d’Épicure : « Le bonheur est possible. »
L’enfer n’est qu’une salle parmi d’autres de notre cerveau-Versailles ; il nous est toujours loisible de fermer cette porte-là et d’en ouvrir une autre. Je peux revivre à souhait, par exemple, les divines amours des premières années de mon mariage avec Alioune. Me réveillant le matin, je sentais contre ma cuisse son sexe durci, il entrait en moi et ne bougeait pas, je fermais les yeux et faisais semblant de me rendormir en toute innocence mais en fait je le serrais fort, lui malaxais le sexe en imprimant au mien des contractions savantes, puis il commençait à me baiser doucement comme dans un rêve, au début je résistais au plaisir, restant exprès un peu au-dessus et un peu en dehors, mais au bout d’un moment la faiblesse devenait irrésistible, une chose que je sentais grandir et lentement m’envahir, me retourner comme un gant, et quand je jouissais c’était comme de pleurer. Après, on pouvait se toucher n’importe où, n’importe comment, Alioune et moi, c’est idiot, je pouvais par exemple appuyer ma tête contre l’intérieur de sa cuisse, tout en haut, et être juste heureuse, c’est fou ce qu’on peut être heureux, est-ce possible que je ne connaîtrai plus jamais ce bonheur-là ?

Nancy Huston. Infrarouge, Actes Sud (2010) p. 221
Et moi j’ai vécu cela : […] dans un demi-sommeil, j'ai senti que tu avais mis ta tête, tes mains près de mon sexe, que tu le touchais peut-être ou le caressais doucement, et je suis resté figé devant la pureté de ton geste. Un moment secret, sacré... Quand tu me touches ainsi je ressens un plaisir comparable à celui d'une jeune femme dont le bébé au sein presse d'une main celui qui le nourrit tout en jouant à titiller le mamelon libre avec son autre main.

Nancy, encore (p. 222) :
Revenir alors à la nuit où, au retour d’une fête vers les trois heures du matin, ayant congédié la baby-sitter et mis un disque de Susanne Abbuehl, j’ai laissé Alioune lentement me déshabiller et me porter jusqu’au lit, les reins ceints d’un foulard turquoise. Noyée dans la voix d’Abbuehl chantant e.e. cummings et la chaleur qui irradiait tout mon corps, j’ai poussé un cri interminable pendant que sa langue caressait la pointe de mon être et puis, après les séismes, le mien puis le sien puis le mien à nouveau, je suis restée lovée dans le désordre des draps, parcourue de secousses qui s’espaçaient peu à peu, m’accrochant avec nostalgie aux derniers accords de somewhere I have never travelled, gladly beyond… Mais Alioune, qui ignore tout de l’anglais, m’a arrachée à ma rêverie en s’exclamant : « Ah là là, ce qu’elle est sirupeuse, cette musique ! »…

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